Jeûner, dans l’air du temps

L’être humain est le seul animal de la création qui mange quand il se sent mal. Plus sa santé se dégrade, plus il mange, à l’inverse du bon sens et des lois de la nature.

Le jeûne est utilisé en Russie depuis le début du XXe siècle pour soigner des pathologies variées. Inspiré par cet exemple, un médecin allemand, Otto Buchinger, a instauré le jeûne thérapeutique en Europe occidentale suite à son expérience personnelle. Ses descendants ont fondé des cliniques en Allemagne et en Espagne centrées sur le jeûne et le bien-être, forçant le corps et l’esprit à poser le rythme. C’est précisément le rythme que ces séjours de jeûne s’appliquent à ralentir. Jeûner pousse à se centrer sur soi. Souvent, dans la vie quotidienne, l’être intérieur s’égosille tandis que nous fermons les portes pour nous laisser entraîner dans une vie active, trépidante, trop rapide pour écouter nos aspirations intimes.

Dans les sociétés dites « traditionnelles », le jeûne prépare aux rites de passage. Ces rites accompagnent la transformation de la personne vers un nouveau statut intérieur et extérieur, reconnu par la société. Le jeûne et les privations rendent disponible à la transformation qui se vit dans la chair, profondément.

Les religions du monde encouragent leurs adeptes au jeûne pour réguler les excès, enseigner le contrôle des pulsions, favoriser l’introspection et enfin, créer un espace en soi pour accueillir le divin. Par l’écoute intérieure, l’âme individuelle atman se relie à l’âme universelle, le brahman, le grand tout, la nature.